Femmes marquant l’Histoire – Épisode 5 – Katharine Gun

Voici le cinquième épisode de notre podcast : Femmes marquant l’Histoire.

Manœuvres géopolitiques douteuses, secrets gouvernementaux, et contexte sociétal houleux… Toutes les conditions sont réunies pour une petite crise sociale au sein de notre douce France…

Et, si l’enchainement effréné et quasi folklorique des évènements de ces derniers jours sont digne d’un scénario de Bong Joon Ho, il ne nous manquerait plus qu’une fuite de documents d’état compromettant pour atteindre l’apothéose.

Mais où est notre lanceuse d’alerte ?

Peut-être se terre t-elle à la DGSI, en attendant son heure, les résolutions intègres et bien pensantes un peu refroidies par les destins troublés mais néanmoins célèbres de ses congénères Inès Léraud, Reality Winner, Chelsea Manning ou encore Katharine Gun.

Ces dernières ont toutes su prouver leur bravoure et leur force en combattant seule une machine massive, impitoyable et rusée : leur gouvernement.

Katharine Gun, par exemple, n’avait rien demandé à personne !

A 28 ans, elle fait son petit boulot de traductrice à Cheltenham, dans un service du Government Communications Headquarters (GCHQ), une agence de renseignement britannique, après qu’une enfance à Taiwan et des études de langues japonaise et chinoise mandarin lui octroie le statut de linguiste.

C’est une brillante jeune femme dont le rôle est de traduire des documents. Les données sensibles contenues dans ses documents impliquent d’ailleurs la signature d’un accord de stricte confidentialité que Katharine a la ferme intention de respecter.

C’est une personne sérieuse et investie, qui prend ses responsabilités et est heureuse de mettre ces qualités-là au service de cette agence, au centre des prises de décisions fondamentales pouvant changer non seulement la vie de milliers de gens mais aussi le cours du monde. C’est le genre de travail où le terme “utilité” a un poids intense et grave. C’est en quelque sorte l’accomplissement adulte de l’enfant qui voulait être une super héroïne.

En janvier 2003, Katharine est une destinatrice parmi une centaine à recevoir le mail qui va changer sa vie et c’est aussi la seule personne à avoir pris des dispositions quant à la gravité de son contenu.

Cet email, envoyé par Frank Koza, directeur des cibles régionales de la NSA – la National security Agency, l’équivalent américain de la GCHQ- demande l’assistance de l’agence de renseignement britannique dans la collection d’information d’état par des mises sur écoute illégales de 6 Nations : Angola, Bulgarie, Cameroun, Chili, Guinée et Pakistan, des nations sensibles en désaccord avec la résolution américaine d’envahir et de déclarer la guerre à l’Irak.

La collection illégale et anticonstitutionnelle de ces informations sensibles permettrait de contraindre ces nations à changer d’avis et donc obtenir par chantage ou corruption leur vote à la résolution proposée par les EUA au conseil de sécurité des Nations Unies.

Très choquée, Katharine tombe les semaines qui suivent dans un gouffre de doutes, de remises en question et d’inquiétude. Ecartelée entre le besoin de dénoncer les mensonges politiques et l’instrumentalisation des médias pour manipuler l’opinion publique ou alors se cacher derrière son accord de confidentialité et considérer que ce n’est pas de son ressort.

Et puis, même si elle faisait fuiter ce mail, comment s’y prendrait-elle ?

A qui, où, comment montrer la vérité?

Et puis une fois que ce sera fait, quelles en seraient les conséquences ?

Ces interrogations sans fin nourrissent sa peur et étouffent tout raisonnement logique mais l’intégrité de Katharine prend le dessus. Elle fait fuiter le mail et le fait analyser par une connaissance. Cette personne approuve la gravité du contenu de ce mail et le communique à un journaliste de The Observer, Martin Bright en février 2003.

Après un long moment d’attente, le temps pour le journal de vérifier l’authenticité du mail, ce dernier est publié.

C’est aussitôt un énorme tremblement de terre qui secoue le royaume Unis et les états Unis ainsi que leurs liens diplomatiques internationaux. Katharine subit inévitablement au même titre que ses collèges de travail une procédure d’enquête épuisante et effrayante des autorités.

Son couple n’est pas épargné, tous les moyens sont bons pour l’intimider.

Et si Katharine nie d’abord le rôle qu’elle a joué dans cette affaire lors d’un premier interrogatoire, elle confesse néanmoins dès le lendemain la fuite du document auprès de sa supérieure.

Elle est accusée de haute trahison en vertu de la loi sur les secrets officiels (Official Secrets Act) et risque une peine d’emprisonnement.

Cependant, lors du procès en 2004, les charges sont rapidement abandonnées en raison de preuves insuffisantes et Katharine repart libre. Le procès est donc très vite conclu, néanmoins sans jugement apporté sur l’illégalité des actes obtempérés par les états concernés, sans changement légal… Au grand damn de Katharine qui, même si cette période trouble et agitée ne lui manque pas, annonce sans détour qu’elle n’agirait pas différemment si c’était à refaire.

Cependant, même si la démarche d’éviter la guerre en Irak n’a pas aboutie, la démarche de Katharine n’est pas restée invisible. Ces actions ont déclenché un débat mondial sur la surveillance gouvernementale et l’éthique de la dénonciation.

Ahh, encore une femme incroyable…

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